Le Canada aujourd’hui | La vérité fondamentale

Le Canada ne manque pas des attributs d’une grande puissance mondiale. Ce qui nous a souvent fait défaut, c’est la lucidité nécessaire pour reconnaître nos forces et la coordination nécessaire pour en tirer pleinement parti. Depuis des décennies, la culture politique canadienne tend vers la prudence, la modestie et les petits pas. Ces réflexes ont leur place, surtout dans une démocratie stable. Mais ils peuvent aussi amener un pays à sous-estimer ses propres capacités.

En réalité, le Canada possède bon nombre des caractéristiques qui, historiquement, définissent les nations influentes. Le pays est immense, riche en ressources, politiquement stable et profondément intégré aux réseaux commerciaux mondiaux. Ses institutions inspirent confiance, son système financier est résilient et sa société est, dans l’ensemble, cohésive. Ces fondations ne sont pas des avantages anodins. Partout dans le monde, de nombreux pays peinent à instaurer précisément le type de conditions dont le Canada jouit déjà.

Pourtant, posséder ces attributs n’équivaut pas à les exploiter pleinement.

Concrètement, le statut de superpuissance ne découle pas automatiquement de la taille ou de la richesse. Il résulte de l’adéquation entre les capacités d’un pays et sa volonté nationale. Les pays qui façonnent le cours des choses à l’échelle mondiale y parviennent parce que leurs politiques, leurs institutions et leurs stratégies économiques sont coordonnées en fonction d’objectifs nationaux à long terme.

Le défi du Canada a rarement été l’absence de potentiel. Il tient plutôt à une tendance à la fragmentation des politiques et des objectifs. Le développement économique, la politique énergétique, la planification des infrastructures, l’éducation, l’immigration et la stratégie industrielle sont souvent abordés isolément plutôt que comme les éléments d’un cadre national unifié.

Lorsque ces éléments sont dissociés, le pays obtient des résultats inférieurs à ses capacités. Les projets avancent plus lentement qu’ils le devraient. Les investissements piétinent. Des occasions qui pourraient renforcer la position à long terme du Canada font l’objet de débats pendant des années au lieu d’être concrétisées avec clarté et assurance.

Combler cet écart n’exige pas de se réinventer de fond en comble. Le Canada n’a pas besoin de devenir quelque chose de fondamentalement différent. Les fondations sont déjà en place.

La tâche qui nous attend consiste à harmoniser le tout.

Les politiques doivent se renforcer mutuellement plutôt que se faire concurrence. Les institutions doivent fonctionner selon des mandats clairs qui appuient les priorités nationales. La planification économique doit reconnaître l’interdépendance du développement de la main-d’œuvre, des infrastructures, des systèmes énergétiques, de l’innovation technologique et du commerce international.

Tout aussi important est un regain de confiance nationale. La réputation du Canada sur la scène internationale est déjà solide. Le pays est largement perçu comme stable, fiable et coopératif. Ces qualités ont contribué à bâtir des partenariats partout dans le monde et ont fait du Canada une destination attrayante pour l’investissement, la recherche et les talents.

Ce qui a parfois manqué, c’est la volonté de voir le Canada non seulement comme un acteur responsable des affaires mondiales, mais aussi comme un pays capable de les façonner.

Cela ne signifie pas adopter le langage ou la posture traditionnellement associés aux grandes puissances. L’influence du Canada reflétera toujours son propre caractère : pragmatique, coopératif et ancré dans des institutions démocratiques. Mais l’influence exige tout de même de l’ambition.

D’ici une génération, le Canada a la capacité d’occuper pleinement sa place parmi les grandes nations du monde. Les ressources existent. La main-d’œuvre est compétente. Les institutions sont crédibles.

Reste à savoir si le pays choisira d’harmoniser ses politiques, ses institutions et sa confiance nationale avec la réalité de ce qu’il est déjà.

Si le Canada agit avec détermination et coordination, l’écart entre le potentiel et la réalité peut être comblé. Le statut de superpuissance ne se proclame pas à coups de discours ou de symboles. Il s’acquiert par une action soutenue, une vision stratégique claire et la confiance tranquille d’un pays qui connaît sa propre force.

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